Liliane Giraudon – La Poétesse. Homobiographie

La Poétesse porte dans son titre la trace d’un féminin dégradé. En séries de proses précipitées, on peut dire que ce livre aborde la question du sexe des livres comme de ceux qui les ouvrent. Il s’agit de voir la poésie comme objet accidenté. L’héroïne Poétesse note au jour le jour les événements qui se présentent. Un soir elle décide d’étrangler sa sœur jumelle. Elle achète une corde mais sa sœur est déjà morte. Pasolini lui rappelle qu’il était populiste comme Boulgakhov se disait mystique à la cour de Staline. Des événements se succèdent. C’est assez simple. Tout travail sur soi-même est un travail sur le langage et par conséquent sur le bien commun. Quelqu’un dit : « Ma guerre se nourrit d’une guerre, je dois essuyer un féminin terrible. »
Un livre violent, souvent drôle et qui ne sépare pas l’écriture du poème de l’exercice de vivre.

http://www.pol-editeur.com/

Ogni lavoro su di sé è un lavoro sul linguaggio e di conseguenza su un bene comune.

Un libro violento, ma anche divertente e che non separa la scrittura della poesia dall’esercizio del vivere.

*

La Poetessa

La Poeta ha indossato a fine

giornata una vecchia camicia del

padre morto. Calda e morbida.

Pioveva. D’improvviso freddo.

Ha colto gli ultimi

pomodori maturi (odore acre e

nelle mani la traccia nera

vischiosa). Mele cadute

poi le pere gialle questa volta

pendono. Il fantasma del

padre nella cantina, poi vicino agli

alberi. Per quanto tempo

ancora apparirà. È la

domanda che si pone.

Lei (intendete sempre «La

Poeta») annota che ha ritrovato

una poesia di Adilia Lopez.

Adilia Lopez è un altro poeta

del suo stesso sesso e che la

poeta ama. La poesia ritrovata

è una poesia che parla di rose.

Di rose ticchiolate. Le rose

macchiate di ruggine hanno

a lungo attirato la poeta.

Aveva l’abitudine di togliere

i petali malati e

metterli a seccare nei libri.

Aveva fatto questo per

anni. La bellezza della

malattia. È questo fascino che

la segnava. Un petalo

malato le sembrava più

interessante degli altri.

Oggi, una macchia di

ruggine sulla biancheria l’attira e

la fa sognare. Vorrebbe conservare

questa biancheria macchiata e fare un

arazzo di ruggine. Sarebbe

come un fregio, con le

pieghe. Lo chiamerebbe «nastro

di ruggine». O «Gonna rugginosa».

Sotto l’arazzo un flacone. Posato

a terra. Acqua scarlatta. (Toglie le

macchie di ruggine da tutti i

tessuti. Senza sciuparli.)

La Poeta s’è alzata alle cinque.

Che orrore. Ha

attraversato la città nel buio,

totalmente disperata al

solo pensiero di doversi «guadagnare la

vita». Nella luce dei fari

si ripeteva: «Sei vile.

Sei senza coraggio.» Per

consolarsi la Poeta canta

«Charlotte cocotte / Qu’est-ce

que tu fais là ? / Je cire les

bottes / De mon petit chat»

Sempre la stessa. La Poeta ha

finalmente terminato la prima

versione del film. I 12 minuti.

Riletta oggi, non la

convince. Ma non avrà il

tempo di rivederla. Ha finito anche

la prima grande serie dei

numeri disegnati. Ora

comincia quella con l’inchiostro e

i gessi. Dice: «Mi

sono soffiata il naso almeno

cinquanta volte.»

La Poeta constata che Metodo

significa proprio violenza fatta all’

abitudine al rilassamento.

Ieri ha deciso d’interrompere la sua

vita alimentare il 13 aprile. Ha

capito che sarebbe stata

liberata da questa galera.

Il seminario di traduzione si è

svolto magnificamente. Una 

zuppa di cavolo di cadaveri sarà

il titolo per il Klebnikhov. La

Poeta traduce in lingue

che non conosce. Ma

non lo fa mai da sola.

[…]

 

Ieri ha riletto due lettere di

Benjamin a Gerhard Scholem.

S’interroga sul modo in cui

l’autore dello Zohar concepisce le

articolazioni fonetiche e i

segni grafici come

depositari di rapporti cosmici.

Dice altrove: «Spesso

sogno di libri esplosi.»

[…]

Ieri La Poeta ha pensato a

Marsiglia. Marsiglia, la città dove

dorme. Si diceva: «Dormi

vicino a un continente liquido

i cui argini sono solidi e

le popolazioni nomadi almeno

dal paleolitico. Trovava

questo piuttosto confortante.

[…]

tr. it. rita florit / alfredo riponi

*

La Poétesse

La Poète a revêtu en fin de

journée une vieille chemise du

père mort. Chaude et douce. Il

pleuvait. Brusquement froid.

Elle a cueilli les dernières

tomates mûres (odeurs aigres et

dans les mains cette trace noire

un peu colle). Pommes au sol

puis les poires jaunes cette fois

dans l’arbre. Le fantôme du

père dans la cave, puis près des

arbres. Combien de temps

demeurera-t-il visible. C’est la

question qu’elle se pose.

Elle (entendez toujours « La

Poète ») note qu’elle a retrouvé

un poème d’Adilia Lopez.

Adilia Lopez est un autre poète

du même sexe qu’elle et que la

poète aime. Ce poème retrouvé

est un poème qui parle de roses.

De roses tachées. Les roses

tachées de rouille ont

longtemps intrigué la poète.

Elle avait l’habitude de prélever

les pétales malades et de les

mettre à sécher dans des livres.

Avait fait ça pendant des

années. La beauté de la

maladie. C’est ce charme qui

pesait sur elle. Un pétale

malade lui semblait plus

intéressant que les autres.

Aujourd’hui, une tache de

rouille sur du linge l’intrigue et

la fait rêver. Elle voudrait garder

tous ces linges tachés et faire au

mur un tapis de rouille. Ce

serait comme une frise, avec des

plis. Elle appellerait ça « ruban

de rouille ». Ou « Jupe rouillée ».

En bas du tapis un flacon. Posé

au sol. Eau écarlate. (Enlève les

taches de rouille sur tous les

tissus. Sans les abîmer.)

La Poète s’est levée à cinq

heures. C’était horrible. Elle a

traversé la ville dans le noir,

complètement désespérée à la

simple idée d’avoir à « gagner sa

vie ». Dans le feu des phares elle

se répétait : «Tu es lâche. Tu

n’as aucun courage. » Pour se

consoler la Poète chante

« Charlotte cocotte / Qu’est-ce

que tu fais là ? / Je cire les

bottes / De mon petit chat »

Encore la même. La Poète a

enfin terminé la première

version du film. Les 12 minutes.

Relu aujourd’hui, un peu

sceptique. Mais n’aura pas le

temps de refaire. A terminé aussi

la première grande série des

numéros dessinés. Maintenant

commence celle avec l’encre et

les craies épaisses. Elle dit : « Je

me suis mouchée au moins

cinquante fois. »

La Poète vérifie que Méthode

signifie bien violence faite aux

habitudes de relâchement.

Hier elle a décidé d’arrêter sa

vie alimentaire le 13 avril. Elle a

compris qu’elle allait être

libérée d’un petit bagne.

L’atelier de traduction s’est

magnifiquement déroulé. Une

soupe aux choux de cadavres sera

le titre pour le Klebnikhov. La

Poète traduit dans des langues

qu’elle ne connaît pas. Mais elle

ne fait jamais ça seule.

[…]

Hier elle a relu deux lettres de

Benjamin à Gerhard Scholem.

Il s’y interroge sur la façon dont

l’auteur du Zohar conçoit les

articulations phonétiques et les

signes graphiques comme

dépôts de rapports cosmiques.

Il dit plus loin : « Souvent je

rêve de livres éclatés. »

[…]

Hier La Poète a pensé à

Marseille. Marseille, la ville où

elle dort. Elle se disait : «Tu dors

prés d’un continent liquide

dont les berges sont solides et

les populations nomades depuis

au moins le paléolithique. » Elle

trouvait ça plutôt réconfortant.

[…]

da : http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&numauteur=86

*

Liliane Giraudon

Née en 1946 Liliane Giraudon vit à Marseille. Son travail d’écriture, situé entre prose (la prose n’existe pas) et poème (un poème n’est jamais seul) semble une traversée des genres. Entre ce qu’elle nomme « littérature de combat » et « littérature de poubelle », ses livres, publiés pour l’essentiel aux éditions P.O.L dressent un spectre accidenté. A son travail de « revuiste » (Banana Split, Action Poétique, If…) s’ajoute une pratique de la lecture publique et de ce qu’elle appelle son « écriredessiner » (tracts, livres d’artiste, expositions, ateliers de traduction, feuilletons, théâtre, actions minuscules)…

« Une existence tordue » pourrait être le titre de son laboratoire d’écriture où circulent des voix.

Bibliographie

Participe à diverses aventures de revues
Action Poétique. Banana Split (1980-1990).Impressions du sud. La Nouvelle B.S. Co dirige la revue If et l’Atelier de traduction « Les comptoirs » (collection aux Ed. Al Dante)
Membre du quatuor Manicle et de la Cosmetic Compagny.
Livres d’artistes.
Carnets et cahiers de dessins ( galerie Meyer Marseille. V.A.C Ventabren, Galerie du Tableau Marseille, l’Atelier Cinq Arles)
Cinépoème avec Akram Zaatazi “Les Arabes aiment les chats”

Lectures publiques. Traductions. Textes critiques. Théâtre. Tracts. Travaux invisibles.
Depuis 2010, création d’un petit laboratoire vocal avec Robert Cantarella.

 

Parmi les publications
– Some postcards about CRJ and other cards (avec JJ. Viton) Spectres Familiers, 1984
– La nuit, P.O.L, 1985
– Divagation des chiens, P.O.L 1988
– Pallaksch, Pallaksch, P.O.L, 1990 (prix Maupassant de la nouvelle)
– 29 femmes. Poésie en France depuis 1960, Anthologie (avec H.Deluy) . Stock.1994
– Les animaux font toujours l’amour de la même manière, P.O.L 1995
– Parking des filles, 1998
– Homobiographie (avec la cosmetic company) Farrago, 2000
– Sker (avec la cosmetic company) P.O.L, 2002
– La fiancée de Makhno (avec la cosmetic company), P.O.L, 2004
– L’onanisme d’Hamlet, Les Cahiers de la Seine 2004
– Carnet de nuit à Reykjavik, Fidel Anthelme X. 2004
– Les talibans n’aiment pas la fiction, Inventaire/Invention 2005
– Greffes de spectre, POL, 2005
– Marquise vos beaux yeux, avec Michelle Grangaud + Josée Lapeyrère + Anne Portugal, ed. Le bleu du ciel (collection Biennale des Poètes), 2005
– Le rasoir de Borges, opérette.avec C.Chemin et JJ. Viton. IF27+1 2006
– Marseille-postcards avec JJ. Viton Le Bleu du ciel 2006
– Feuilleton sur le site d’Inventaire/Inventions “Biographies” avec des dessins de C Chemin
– Mes bien-aimé(e)s, avec Christophe Chemin, ed. Inventaire/invention, 2007
– La vraie vie d’Angeline Chabert après sa mort, Les oublis, 2007
– La poétesse, (homographie), ed. POL, 2009
– Hôtel, avec JJ Viton photographies B. Plossu. Ed Argol 2009
– Vous mettrez ça sur la note, avec JJ Viton et B.Plasse. Ed. Diem Perdidi, 2009
– A3 (avec H. Deluy et J.J. Viton) éditions öö/Action Poétique, 2009
– Biogres, éditions Ritournelles/Malagar, 2009
– L’Omelette rouge, POL, 2011

da: http://www.m-e-l.fr/liliane-giraudon,ec,114

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