Michel Leiris -Nuits sans nuits, et quelques jour sans jour

SANS DATE
(demi-sommeil)

Un arbre à trois branches (qui sont des serpents) frappe au carreau de ma fenêtre, vêtu d’un complet de confection et d’un faux col cassé.
Un peu plus tard dans la nuit, un chien – que j’imagine couché entre le matelas et le sommier de mon lit – n’est plus qu’un long reptile de bronze dont les piquants inclinés comme ceux d’un porc-épic me pénètrent dans le corps.

SENZA DATA
(dormiveglia)

Un albero a tre rami (che sono serpenti) bussa ai vetri della mia finestra, vestito d’un completo fatto in serie, e con un finto colletto inamidato spezzato.
Poco più tardi durante la notte , un cane – che immagino accucciato tra il materasso e la rete del mio letto – non è che un lungo rettile di bronzo le cui scaglie inclinate come quelle dell’istrice mi penetrano nel corpo

M. Leiris, NUITS SANS NUIT  et quelques jour  sans jours, Gallimard, 1961

trad. r.r.florit

Annunci

M.Leiris- la parole entre objectivité-subjectivité

 

Un seul homme peut prétendre avoir  quelque connaissance de la vie dans ce qui fait sa substance, le poète; parce qu’il se tient au cœur du drame qui se joue entre ces deux poles: objectivité – subjectivité;
parce qu’il les exprimes à sa manière qui est le déchirement, dont il se nourrit quant à lui-même et dont, quant au monde, il est le porte-venin ou, si l’on veut, porte-parole.

Michel Leiris, L’Afrique fantôme, 17 mai 1932, Paris, Rééd Gallimard Coll. Tel, 1988